Polar
Ce petit trou retient toute mon attention. Hypnotisé, je ne vois que lui. Petit ? Mais non ! Béant, immense. C'est la bouche du canon du pistolet braqué sur moi ou, pour être être plus exact, celle du silencieux qui le prolonge.
Après "La Tante Turban", un roman historique, coup de coeur de la FNAC Forum des Halles, JOLLY et TERIO récidivent ensemble avec "Mortelle Transaction", un polar contemporain sur fond de magouilles immobilières.
J’ai les yeux fermés. Je ne sais pourquoi je tarde à les ouvrir. Je suis allongé et je sens qu’un drap me recouvre en partie. Je me rends bien compte à travers mes paupières que je ne suis pas dans le noir, je sais qu’il fait jour. Je me sens très las, «lessivé». J’en conclus que je n’ai pas assez dormi. Je reste immobile comme pour retrouver le sommeil. Je pourrais dire que je ne pense à rien, ce qui est faux puisque je pense que je ne pense à rien. Malgré tout, je n’ouvre toujours pas les yeux. N’en n’ai‐je pas envie ? Qu’est‐ce qui m’en empêche ? J’ai la bouche pâteuse et souffre de soif. Je me demande où je suis alors que je pourrais le découvrir si je décollais mes paupières. Aurais‐je besoin d’aide? Qui se trouve à proximité? Quand je me décide enfin à ouvrir les yeux, après de longues minutes de tergiversations, cédant enfin à cette vieille habitude, je ne vois qu’un plafond que j’ai peine à quitter des yeux. Lorsque je tourne la tête, avec précautions, comme si elle me pesait, je réalise que je ne suis pas dans ma chambre. Je n’ai jamais couché ici. Celle où je me trouve est anonyme, sans âme. Le blanc y règne sans partage. Une seule décoration: un crucifix accroché au mur qui me fait face. Il m’est facile de comprendre que je suis dans une chambre d’hôpital ou d’une clinique. La minerve que je découvre autour de mon cou me conforte dans cette idée. J’ai un petit pansement à la main et je sens la présence d’un autre, plus important, sur le côté gauche de la tête. L’idée m’a effleuré que j’ai eu un malaise, un malaise vagal ou même une syncope, cela peut arriver. Non, je me rends à l’évidence : j’ai été victime d’un accident.