Roman
Au début des années 80, la vie de Charles Müller semble parfaitement tracée. Look parfait, job parfait, fiancée parfaite, rien ne semble pouvoir se mettre sur sa route et ce vieil immeuble qu’il a acheté dans le quartier de la Petite France à Strasbourg sera certainement une intéressante opération financière. Mais il arrive que l’Histoire se mette en travers du chemin des Rois du Monde. Le 10 mai 1981, Mitterrand est élu et la vie de Charles s’effondre. Il est contraint de loger dans ce vieil immeuble et de louer les autres appartements. C’est dans ces circonstances imprévues que tout va changer une nouvelle fois. Pour le pire...ou pour le meilleur ?
Quatorze heures sonnent tout juste à l’horloge murale quand la sonnette de l’entrée retentit. Charles ouvre et se trouve face à une jolie fille en strict tailleur gris perle, des lunettes en écaille devant ses yeux verts et des cheveux blonds en boucles serrées. L’austérité de sa mise est démentie par deux chaussettes de couleur différente: l’une grise, l’autre noire, mais avec Minnie et son éclatant sourire pour les enfants. Ce cheveu dans la soupe interloque tellement Charles qu’il la dissocie totalement de la première visiteuse. – Bonjour mademoiselle Touchnerf. Vous êtes ponctuelle. D’une voix un peu cassante, elle répond : – Maître Virginie Touchnerf, s’il vous plaît. La visite est ponctuée de questions pratiques. Charles, conscient, d’être perçu comme le jeune propriétaire bourgeois qu’il est, s’en amuse. Cependant tous les clichés de la lutte des classes ressortent du vocabulaire de cette juriste, éveillant peu à peu sa méfiance patrimoniale. Si elle n’a pas lu le Capital de Marx, je suis le Pape, pense-t-il. Revenus à la table, il demande donc : – Si l’appartement vous plaît, avez-vous de quoi payer vos futurs loyers ? Le joli visage de Virginie se tend. – Pour mes revenus, sachez que je suis au cabinet d’avocat Schmidt et Schmidt. Charles approuve d’un signe de tête. C’est un cabinet de très bonne réputation. La crispation des mains sur la table de la jeune femme révèle sa nervosité et ses incertitudes. – J’ose espérer, monsieur Müller, que vous préférez quelqu’un qui est à quelqu’un qui possède.