Roman
Comment raconter, sur un mode à la fois intimiste et réfléchi, ce moment étrange où l’enfance bascule dans l’âge adulte, perd ses repères et s’ouvre à un monde nouveau et incertain, riche en promesses et en déceptions ? C’est ce que tente Juliette, l’année du bac, plus tard suivie par ses frères et ses sœurs, Vincent, Julien, les jumelles Emma et Calypso, y compris son père Henry, qui, chacun à sa façon, relateront leur crise d’adolescence, leur soif d’exister et la conquête brutale de leur identité. En somme, Le Monde de Juliette est une saga polyphonique où se nouent et se dénouent des destins multiples mais solidaires, éclatés mais cohérents, le long d’une temporalité fuyante.
Je suis une Juliette sans Roméo. L’épisode Charles-Henri, quoique nécessaire, ne m’a pas convaincue de poursuivre en ce sens et d’autres priorités sont apparues, tout aussi importantes. Outre les études, dans lesquelles je m’investis modérément mais avec succès, j’approfondis mes lectures hors contexte scolaire et me voue aux relations sociales où mon entregent fait merveille – autant au lycée que dans la sphère des fréquentations familiales où l’on apprécie ma verve et mon éclat. Pourtant, depuis l’expérience du miroir, je me rends compte que j’ai de plus en plus de difficultés à dissimuler certaines sautes d’humeur qui cassent parfois l’image lisse que je cherche à donner de moi-même. Sous le visage avenant qui est le mien en toute circonstance, derrière cette façade sociale, il y a comme un bouillonnement cérébral qui ne parvient pas à s’exprimer, sinon par de courtes bouderies où l’esprit énervé prend le pas sur le corps et s’affirme dans sa différence, dans son existence propre. Mes frères et sœurs peuvent en témoigner quand ils m’agacent car je les envoie alors balader sans ménagement ni autre explication: je ne suis pas comme eux, totale- ment prisonniers du monde ludique où ils s’ébattent, monde qui est aussi le mien, mais dont je m’échappe par moments pour accéder à une autre dimension, mon jardin secret, mon paradis perdu, l’envers du miroir.