Roman
« – Tu as le droit de goûter un peu à la Dolce Vita, tu as assez souffert. – Je sais, Nonna, je suis certaine que je finirai par la connaître un jour. »
Abondance, fille d’immigrés italiens élevée dans l’amour, a dû apprendre la résilience. La jeune fille ingénue en quête du grand amour a laissé place à une femme réaliste qui affronte son sort. Un mari disparu en Russie, trois enfants en bas âge élevés seule, entre joies éphémères et désillusions, elle semble enfin trouver un équilibre entre Naples et Paris. Mais il est vite remis en cause par des situations inattendues. Face à son destin, elle devra faire des choix.
Laissez-vous guider dans une expérience inédite avec cette saga familiale, baignée de culture italienne, entre la France, l’Italie, l’Écosse, la Russie et les États-Unis.
Les instants partagés avec sa « nonna napoletana » étaient des plus précieux. Avec elle, la Francese vivait son italianité à 100%... et à « sang pour sang ». Elle revisitait les moments de convivialité de son enfance, avec Giannina, sa nonna, sa grand-mère maternelle, qu'elle considérait comme sa seconde mère, tellement elle avait passé de temps avec elle depuis sa naissance. Tout la ramenait à ses années insouciantes de petite fille lorsqu'elle était chez Tiziana. La cuisine, l'attitude de la vieille dame, la manière de parler, cette langue napolitaine qu'Abondance comprenait au grand étonnement de tous. Elle avait la ferme intuition qu'elle décodait le parler local en raison de la proximité avec l'abruzzais dans lequel s'exprimaient ses grands-parents. L'octogénaire mit la poêle sur le feu avec une bonne dose d'huile. Elle empoigna les moules fraîches encore fermées et les renversa d'un coup. L'huile crépitait, distillant une touche de gaîté à ce moment précis comme le chant des cigales. La Titì attrapa ensuite une énorme casserole remplie d'eau et la mit à bouillir, tandis qu'elle pesait avec soin les pâtes : 150 grammes chacune. Abondance ne bronchait pas, assistant religieusement à la préparation. La pasta, c'était sacré. Elle se rappelait les débuts de sa relation avec l'ancienne. Ce qu'il y avait en elle d'éducation française l'avait rappelée à l'ordre des bonnes manières, elle ne pouvait pas continuer à abuser de la générosité de la Napolitaine sans retour. Elle mangeait tous les midis, voire tous les soirs chez la vieille dame. Un jour, elle était allée acheter les délicieux chocolats de chez Gay Odin, sur la Via Toledo. Connaissant son goût pour les douceurs, elle était certaine que ce cadeau ravirait Tiziana. Mannagia la miseria! Elle avait été accueillie avec rudesse, un visage fermé et un air mécontent.