Récit
« Lorsqu’on demeure, absorbé par quelques lectures un long moment au café, les tables adjacentes peuvent accueillir différentes personnes. Après un départ c’est un peu, chaque fois, comme un baisser de rideau. Mais de nouveaux personnages ne tardent pas à venir s’installer, dans cette mise en scène minimaliste, une table, une chaise, pour entamer un nouvel acte »
Le café comme, théâtre, comme lieu privilégié d’attention au monde, est propice à toutes les résonnances, poétiques, ironiques, critiques,.. où se mêlent réminiscences et digressions...
Tous les cafés de la ville ont leurs habitués. Parmi eux il y a un personnage très original qui fréquente exclusivement la terrasse située en haut de la place de l’Hôtel de ville. D’un type italien du sud très marqué, il a le teint basané, un visage sculpté, de beaux cheveux gris finement ondulés, et un nez, tellement, courbé qui fait penser en tout point au «Pulcinello» de la commedia dell’arte. Sa particularité: sa vie tourne autour de sa moto. Mais pas n’importe qu’elle moto: un modèle des années 30 de la marque italienne Moto-Guzzi d’un rouge vif, une véritable pièce de musée. Il arrive en milieu de matinée dans un scénario bien réglé. On entend tout d’abord un moteur, un mono cylindre, «popotant» comme un pointu entrant dans le port Marseille. Puis pointe un motard équipé à l’ancienne d’un casque hémisphérique, de lunettes de conducteur de torpédo des années folles et, cachant le bas de son visage, d’un foulard tricolore aux couleurs de l’Italie. Il installe alors sa moto dans un endroit particulièrement emblématique et très fréquenté de la ville, au pied de la tour de l’horloge tout contre l’ancienne porte qui marquait l’entrée de l’ancien Bourg St Sauveur. Là, dans un rituel d’une grande théâtralité, il noue son foulard autour du cou et se penche pour prendre, dans une des petites boites triangulaires situées à l’arrière de la moto, son paquet de cigarettes tout en y rangeant ses gants...