Roman
Sur une grève du Finistère, entouré de ses petits-enfants, Gwendal fête ses soixante ans. Sous la clameur insouciante des vacances, il sent pourtant monter en lui des voix plus graves que lui seul peut entendre. L’une est celle du vent du nord qui bat les flancs du Roc’h Trevezel, sur les hauteurs des monts d’Arrée. D’après la légende, ces mugissements d’une inquiétante étrangeté emportent les cris des enfants perdus, des nouveau-nés sans nom que personne n’a jamais vus. L’autre est la voix puissante de l’Océan, force de vie capable de tout.
Jour après jour, Gwendal évoluait, s’ouvrait aux autres. Plusieurs années s’étaient écoulées depuis son départ de l’Assistance et ses peurs nocturnes disparaissaient peu à peu. Anna lui consacrait beaucoup de temps. Main dans la main, ils parcouraient des dizaines de kilomètres dans les rues de Brest, pour finir le plus souvent à la terrasse d’un café ou chez BZ, le grand bazar. Gwendal en prenait plein les yeux. Rangés méticuleusement les uns à côté des autres, les jouets patientaient sur les rayons. Prête à tout pour faire plaisir à sa petite « roussotte », la grand-mère achetait sans compter. Rien n’était assez beau, ni assez bon pour lui. Malheureusement, les sucreries, qu’il avalait depuis des mois, laissaient désormais des traces.